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Chouandecoeur
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire !

le Jeu 26 Sep - 14:18
Le Ven 21 Juin 2019 - 21:28

Aujourd’hui même 21 juin 2019, soit 590 ans plus tard, qu’en est-il de la véracité de cette date du 21 juin comme date de la Triple Donation, mais aussi de sa réalisation à Saint-Benoît sur Loire ?

Inscrit à la Bibliothèque Diocésaine de Rennes, j’ai trouvé une information intéressante sur cette date et ce lieu dans le livre suivant :
« Jeanne d’Arc d’après les documents contemporains », de F. de Richemont - Officier supérieur, 1912, Paris, Librairie Saint-Paul.

Dès la troisième ligne de la page 1 de la préface de ce livre de 580 pages, le lecteur est immédiatement mis au parfum de l’écrivain pris comme référence par l'auteur de l’ouvrage.
En effet, il y est précisé :
« Il semble que tout ait été dit sur cette admirable histoire et qu’après le superbe monument élevé en l’honneur de Jeanne d’Arc par le R.P. Ayrolles(1), il ne reste plus rien à faire ni à écrire. Mais tout le monde ne peut posséder ni même lire les cinq énormes volumes qui forment cet ouvrage. Il était utile que ces précieux documents fussent condensés en un volume qui pût être à la portée de tous. »
(1) La vraie Jeanne d’Arc, par J.-B. Ayrolles, S.J. (5 volumes in-4°).

Alors que trouve-t-on au sujet du 21 juin 1429 ?

La réponse se trouve dans le Livre IV intitulé :
« Les diplomates engagent une lutte sourde contre la Pucelle » - Le dauphin hésite à la suivre. Elle l’entraîne à Reims presque malgré lui et le fait sacrer. (19 juin au 17 juillet.)
Et au Chapitre premier intitulé :
« Sully, Gien. » (19 juin au 27 juin.) – La présence des diplomates se fait bientôt sentir. Premières hésitations du Dauphin.

Tout ce qui va suivre est annoté, en bas de page, des textes des « documents contemporains » comme le titre de l’ouvrage l’indique.
Ces sources documentaires sont les suivantes :
. Perceval de Cagny (IV, 16), et Guillaume Gruel (IV, 319 et 320),
. Chronique de la Pucelle (IV, 244 et 245),
. Journal du siège d’Orléans et du voyage de Reims (IV, 178 et 179),
. Déposition du président de la Cour des Comptes Simon Charles (III, 116).

Je vous donne maintenant le texte de ce chapitre premier du livre IV. Ce sont les pages 145, 146 et 147 de l’ouvrage :

« Le soir de la bataille de Patay, la Pucelle, le duc d’Alençon, le connétable, couchèrent dans le village de Patay.
Le lendemain, dimanche 19 juin, dans l’après-midi, quand le moment vint de prendre le chemin d’Orléans, le connétable voulut partir avec tout le monde, mais le duc d’Alençon n’osa pas prendre sur lui de le conduire au roi, car les ordres donnés par La Trémouille étaient formels.
La Pucelle, le duc, tous les seigneurs présents promirent à Richemont de plaider sa cause, qu’ils espéraient gagner, et de lui faire savoir immédiatement quand il pourrait se rendre auprès de Charles.
Avec cette promesse et cette espérance, on se sépara : la Pucelle et le duc prirent la direction d’Orléans, le connétable celle de Beaugency, où il s’arrêta pour attendre la réponse du duc d’Alençon et se tenir prêt à servir la France.

Le roi se trouvant alors chez La Trémouille, au château de Sully-sur-Loire, les Orléanais pensèrent qu’il allait venir jusqu’à Orléans, au-devant des vainqueurs de Patay.
Voulant faire grand et joyeux accueil à ceux qu’ils attendaient si impatiemment, ils déployèrent toute leur activité pour donner à la ville un air de fête. Ils tendirent les rues de draperies et mirent tout en œuvre pour la parer.
A leur arrivée, la Pucelle, le duc d’Alençon et tous ceux qui étaient avec eux furent reçus au milieu des transport d’allégresse d’Orléans tout entier. La population remplit les églises, remerciant Dieu et la Vierge Marie de la grâce que Notre-Seigneur avait accordée au roi et à tous les Français par l’entremise de la Pucelle. Chacun proclamait que sans elle toutes ces merveilles ne se seraient pas accomplies.

Cependant, Charles n’est pas arrivé. Toute la journée du 20, on l’attend ; il ne vient pas. C’est avec un vif mécontentement qu’on apprend qu’il est resté à Sully. On voit poindre une lutte sourde de La Trémouille et de Regnault de Chartres contre la Pucelle.

Le lendemain, mardi 21 juin, le roi ne venant pas encore, la Pucelle se rend auprès de lui.
Elle le décide à convoquer à Châteauneuf, entre Sully et Orléans, tous les seigneurs et chefs de guerre pour se concerter avec eux.

Le mercredi 22, au matin, Charles et la Pucelle quittent ensemble Sully pour aller au rendez-vous.
Chemin faisant, en traversant le village de Saint-Benoît, le roi, voyant combien elle prend sa mission à cœur et quelle peine elle se donne pour l’accomplir, lui conseille de se modérer, de se reposer.
A ces paroles, dites d’un accent qui laisse percer les sentiments les plus divers, Jeanne fond en larmes et répond :
« N’en doutez point, vous aurez votre royaume tout entier, et, avant peu vous serez couronné. »

A Châteauneuf, un grand nombre de seigneurs qui ont répondu à l’appel du roi se réunissent autour de lui. Un grand conseil est tenu, on discute ce qu’il faut faire.
Richemont avait envoyé Rostrenen et Beaumanoir pour supplier le roi de lui permettre de le servir, lui et le royaume. »


[Le texte ensuite parle de la prière de la Pucelle au roi pour la cause de Richemont et de l’avantage d’avoir à disposition tous ses hommes. Charles consent au pardon mais avec difficulté pour ne pas déplaire à La Trémouille.]

Le texte continue ainsi :

« Quant au départ pour Reims, malgré tous les efforts de Jeanne, rien n’est décidé.
Le soir venu, Charles retourne à Sully et la Pucelle part pour Orléans afin de hâter la mise en route des troupes et des convois qui s’y trouvent. »

Ce passage appelle 3 remarques :

Remarque 1 :
Comme vous pouvez le constater, l’ambiance entre les Orléanais, les vainqueurs de Patay et la Pucelle d’une part, et le roi d’autre part, n’est pas ce que l’on pourrait appeler chaleureuse ni cordiale.
On attend le roi et il ne daigne pas venir, ni même envoyer un émissaire pour féliciter en son nom les vainqueurs de sa cause.

Remarque 2 :
Un détail intéressant est la précision suivante : « Le 21 juin, le roi ne venant pas encore. »
Cela signifie qu’on a dû encore attendre au plus la matinée entière avant de se rendre compte qu’il ne viendrait pas, et que Jeanne prit la décision de partir pour Sully, sans doute vers 11h00 ou midi.
D’Orléans à Sully il y a 40 km au plus court. A cheval il faut au minimum deux heures. Elle arrive donc vers 14h00 au mieux, à Sully, dans un environnement qui lui ne lui est pas du tout favorable (le roi indécis, La Trémouille et Regnault de Chartres ses adversaires avérés), et personne d’autre pour la défendre auprès de ce petit monde.
Elle arrive tout de même à convaincre Charles (il faut bien quelques heures pour y arriver) de faire une réunion de grand quartier général… à Châteauneuf-sur-Loire, à 19 km de Sully.
Donc le 21 juin, Jeanne et le roi NE SONT PAS à Saint-Benoît sur Loire, mais à Sully.

Remarque 3 :
Ils partent le lendemain 22 juin, dès le matin, parce qu’ils ont une rude journée et une importante réunion.
Il est encore précisé : « Chemin faisant, en traversant le village de Saint-Benoît… », à 9 km de Sully et à 10 km de Châteauneuf.
Cela signifie que la Pucelle en compagnie de son roi, et toujours de ses adversaires, ne s’y arrête pas, ou si peu ; croyez-vous dans toutes ces circonstances que ce soit bien le lieu propice pour demander le royaume à Charles et procéder à la Triple Donation ?

De plus, ils sont pressés !
Et le soir, une fois la réunion terminée… chacun retourne de son côté !
Et puis… on est le 22 juin et non le 21 !

Et tout cela d’après les documents contemporains.

A y réfléchir donc !

Chouandecoeur
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Chouandecoeur
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty Question sur la date.

le Jeu 26 Sep - 15:07
Le Sam 22 Juin - 15:17

Ce message est fort intéressant car il permet d’introduire au débat une question qui se pose à la lecture du récit de la Triple Donation.
Nous savons que, tant que le Sacre de Charles VII n’avait pas eu lieu, Jeanne s’adressait toujours à lui en l’appelant « Messire Dauphin » et non « Sire », car disait-elle à ceux qui lui en faisait reproche c’est le Sacre qui fait le Roi de France.
Au regard de cette conviction forte qui lui vient indubitablement du Ciel, il serait étonnant que Jeanne ait pu demander le 21 juin 1429 au Dauphin qui n’avait pas encore été Sacré, de lui donner un royaume qu’il ne détient toujours pas tant qu’il n’est pas allé à Reims en prendre possession ;
Et qui plus est de demander à faire acter juridiquement et officiellement cette donation.
Cela ressemble à une contradiction qui ne peut être attribuée à Jeanne si remplie de sagesse.
C’est pourquoi on est en droit d’émettre un doute sérieux sur la date avancée du 21 juin 1429.

Maryvonne
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Chouandecoeur
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty Re: La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire !

le Jeu 26 Sep - 15:16
le Sam 22 Juin - 16:23

Et pendant ce temps , le très passionnant et très pieux blog dont les références suivent :
http://leblogdumesnil.unblog.fr
a mis en ligne, le 20 juin 2019, une pieuse analyse intitulée, comme si de rien n'était : De la triple donation de la France - Mardi 21 juin 1429 – à Saint-Benoît sur Loire

http://leblogdumesnil.unblog.fr/2019/06/20/2019-52-de-la-triple-donation-de-la-france/

Alain TEXIER (La Charte de Fontevrault)
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty En réponse à Maryvonne.

le Jeu 26 Sep - 15:20
Le Dim 23 Juin - 15:38

Votre commentaire tombe à propos.

C'est effectivement une question que des amis et moi nous nous sommes posées dans vos propres termes.
D'ailleurs, une thèse (qui reste ouverte) sur la date et le lieu de la Triple Donation, la place après le Sacre, à Reims, sans plus de précision (voir le livre : Jeanne d'Arc Chef de guerre. Le Génie Militaire et Politique de Jeanne D'Arc - Campagne de France 1429-1430, par le Lieutenant-Colonel de Lancesseur - Paris 1961).

Cependant, après discussion avec un homme de loi de mes connaissances, celui-ci estime que juridiquement, ce n’est pas aussi simple que cela parce que Charles, s’il est bien fils de Charles VI, alors est bien le successeur potentiel incontestable, donc roi « de jure ».

Et c’est bien ce que Jeanne vient faire officiellement : le reconnaître et le désigner, non pas de sa part à elle, mais de la part de Dieu. Je dirais même que Jeanne vient d’abord pour lui, Charles, pour sa propre personne, pour effacer son doute lancinant et pour reconnaître en lui les deux corps du roi ; ensuite seulement pour le désigner publiquement, à la face de tous les Français, et des Anglais, et des autres nations, mais toujours en tant que « gentil dauphin » définition exacte de « roi de jure » puisque son père est mort.
C’est la première mission de Jeanne.

Puis, après le Sacre, et en particulier l’onction du chrême de la sainte Ampoule, Charles possédera toutes les grâces divines de ce 8ème sacrement (institué pour le roi uniquement) et sera alors roi de France « de facto ».
Ce sacre, c’est la deuxième mission de Jeanne (avec comme condition préalable la délivrance d’Orléans pour lui ouvrir la route de Reims).
Et c’est celle où elle manifeste le plus d’impatience devant l’indécision « royale », car elle veut rapidement et définitivement avec l’Europe entière pouvoir l’appeler Roi de France.

Mais il y a sûrement une autre explication, mystique celle-là, de la possibilité de l’événement de la Triple Donation AVANT le sacre. En voici mon interprétation :

Pour bien comprendre il suffit de se remémorer la donation du manteau de saint Martin au pauvre (en fait au Christ).
Pourquoi donne-t-il seulement la moitié de son manteau et non son manteau tout entier ? Parce que c’est la partie du manteau qui lui appartient en propre, l’autre partie appartenant à l’armée. Il peut donc en disposer comme il l’entend. Dans cette moitié, il donne ainsi TOUT ce qu’il possède.

Revenons à Charles. Jeanne lui demande son royaume. En fait elle lui demande son royaume « de jure », son royaume de « dauphin », son royaume de « roi potentiel », cette part comprenant bien sûr la totalité physique du royaume, mais seulement sa part d'héritage, sa part « naturelle » ou plutôt sa part de roi humain, comme n’importe quel roi terrestre… bref, uniquement ce qu’il peut donner en propre.
C’est la raison pour laquelle, à toutes les personnes présentes, Jeanne montre Charles totalement dépouillé car il ne possède même plus son bien de dauphin : « Voici le plus pauvre chevalier du Royaume. » précise-t-elle !
A ce moment précis Charles et la France sont à sa merci.
Maintenant, elle-même possède de plein droit le Royaume de France. Si elle le veut, elle a le pouvoir de le donner légalement à Henri VI d’Angleterre.

Non, elle le donne à Dieu… Elle le replace à sa source ; elle rend le fief « France » au Suzerain.
Cette seconde Donation est une refondation ; c’est une remise à zéro, un retour aux conditions initiales ; nous voici revenu au baptême de Clovis !

Mais le baptême n’est donné qu’une fois.
Alors en redonnant à Charles encore dauphin sa part naturelle du royaume de France, Dieu légitimise la vassalité de Charles, Il reconduit le fief au dauphin.
Le sacre à Reims sera le rappel et l’apothéose de la royauté du Christ sur les nations dans sa manifestation sur la France.

Si le baptême de Clovis est le baptême de la France, la troisième Donation en est la confirmation.

Chouandecoeur
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty Réponse de Louis-Hubert Remy.

le Jeu 26 Sep - 15:32
Le Mar 2 Juil - 13:58

A lire dans La Vraie Mission de sainte Jeanne d’Arc, Jésus-Christ Roi de France, de L-H & M-C Remy, les pages 29 et 30 :

(…) et surtout Patay, le samedi 18 juin, où 2000 Anglais furent tués, mais où moins de 5 Français seulement périrent, à une époque où l’on combattait à un contre un. Patay était une victoire miraculeuse et vengeait Azincourt.
La ville d’Orléans fêta ce triomphe le lundi 20 juin, avec un tel éclat et une telle joie que les échos en parvinrent jusqu’à Charles et sa cour, alors à Sully.
Le mardi 21 juin (1), Jehanne est avec le Dauphin à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, là où sont la plupart des restes du grand saint Benoît. Le père abbé était le frère de Regnault de Chartres. L’ennemi personnel de Jehanne n’est pas là : La Trémoille est resté à Sully.
L’événement historique qui va être relaté, nous est assuré par le témoignage qui est cité dans le Breviarium historiale, texte rédigé peu après, au cours de l’été 1429, pour le pape Martin V (qui, lui, ne doutait pas de la légitimité du dauphin Charles). Nous avons pu le consulter à la Bibliothèque vaticane.
Il n’y a aucun doute sur les faits. Le témoin, dont parle Léopold Delisle, est le Père Jean Dupuy, O.P., ancien inquisiteur de Toulouse, ami des dominicains de Poitiers (qui le tiennent au courant de tous les faits concernant Jehanne). Il deviendra plus tard évêque de Cahors. Le père Antoine Dondaine, O.P., en deux articles, parus l’un en 1942, le second en 1968, dans l’Archivum Fratrum Prædicatorum, en apporte la démonstration. Il précise que « c’est une preuve historique importante » (2).

Quant à LA DATE ET L’HEURE (mardi 21 juin à 16 heures), elles sont données par le père Théotime de Saint-Just dans son livre La royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ d’après le Cardinal Pie. Il n’a pu inventer des détails aussi précis et a dû s’appuyer sur un document. Nous avons recherché sa source, sans succès.
Gaston du Fresne de Beaucourt (3) , dans son admirable Histoire de Charles VII, tome 2, page 223, dit lui aussi que Jehanne était à Saint-Benoît-sur-Loire, le 21 juin 1429.
Dans l’état actuel de nos recherches, nous sommes sûrs que le lieu et l’heure correspondent à l’itinéraire de Jehanne et aux décisions prises ce jour-là d’aller à Reims, malgré l’avis des conseillers.
(fin de citation)

Rappelons aussi la plaque qui dans l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire précise que Jeanne était présente en ce lieu le 21 juin 1429.

Alors il faut donc choisir entre ces références et celles du livre de M. de Richemont, Jeanne d’Arc d’après les documents contemporains, livre que je ne connaissais pas et qui rejoint, à mon avis, les mille autres livres qui racontent n’importe quoi sur Jeanne, sa filiation, les dates de Chinon, etc.

Amicalement,
Louis-Hubert REMY

Notes :

(1) Au Centre Jehanne d’Arc à Orléans, nous avons trouvé dans la brochure intitulée Souvenirs de la béatification de la vénérable Jehanne d’Arc (Orléans, Bureau des Annales religieuses, 1909), un état récapitulatif complet de la vie de Jehanne jour par jour, travail fait pour le procès de canonisation.
A la page 53, il est bien précisé :

- samedi 18 juin. Au lever du soleil, elle s’éloigne de Beaugency, passant par Bac-con, pour marcher aux Anglais. Elle les rencontre entre Coinces et Lignerolles, près Patay, leur livre bataille, les bat et les fait poursuivre jusqu’à Janville. Elle revient à Patay, où elle coucha.

- dimanche 19 juin. Après avoir dîné à Patay, elle regagne Orléans, où elle est re-çue, avec grande joie, par les « gens d’Église, bourgeois et commun du peuple ». « La rivière de Loyre était nettoyée ».

- lundi 20 juin. Jehanne quitte Orléans, pour se rendre, par la rive gauche, au château de Sully, où le Roi Charles VII était l’hôte inerte, effacé de son favori, le sire de La Trémoille, un de ces politiques qui contrecarrèrent les intentions de la Pucelle. Elle serait alors passée par Saint-Jean-le-Blanc, Sandillon, Darvoy, Jargeau, Tigy, Neuvy-en-Sullias et Saint Germain-lès-Sully.

- mardi 21 juin. Elle accompagne le Roi à Saint-Benoît-sur-Loire où, profitant de l’absence du néfaste favori, elle supplie, en pleurant, Charles VII de ne pas hésiter davantage à marcher vers la ville du sacre.
- mercredi 22 juin. Elle est, avec lui, à Châteauneuf-sur-Loire, où, dans un Conseil, l’indolent monarque se décide, enfin, à suivre les conseils de Jehanne, en marchant sur Reims, pour y être sacré.


(2) Dans le second livre de L-H Remy, La triple donation, l’événement le plus important de l’Histoire de France, est expliqué qui est le Père Dondaine, ses écrits, qui est Jean Dupuy et surtout que l’on trouve à Saragosse et à Madrid, la même relation de la Triple Donation qu’à Rome dans le Brevarium historiale.


(3)  Le chapitre V du tome 2, Charles VII et Jehanne d’Arc est remarquable ; c’est un des meilleurs résumés de la vie de Jehanne.
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La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire... difficile à croire ! Empty En réponse à Louis-Hubert Remy.

le Jeu 26 Sep - 15:52
Le Me 25 septembre 2019,

« Il faut prendre le problème par le bon bout de la raison ! »
(Joseph Rouletabille - Le Mystère de la Chambre Jaune).


La Triple Donation, le 21 juin 1429 : IMPOSSIBLE !
Commentaires, après lecture approfondie, sur le livre de Louis-Hubert Remy
« Dossier sur la Triple Donation - Le plus grand événement de l’Histoire de France »
Editions ACRF (2017).


1. « Lire, c’est relire ! »

C’était le leitmotiv de notre regretté Charles Barbanès.
Fondateur et administrateur du blog CRIL17 (Cellule de Recherche sur Internet de Louis XVII), il nous a hélas quitté il y a presqu’un an maintenant, après nous avoir laissé son livre fort bien documenté sur le mystère du cimetière Sainte-Marguerite à Paris et de l’enfant du Temple : « Autopsie d’une fausse vérité ».
https://chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com/2019/01/31/franck-peyrot-charles-barbanes-et-le-mystere-de-la-mort-de-louis-xvii/

. Rappel :
Depuis la naissance du forum du Conservatoire de la Triple Donation, la recherche principale du site tourne autour de la date, et par conséquent du lieu, où a pu être réalisée cette Triple Donation du Royaume de France.
Celle qui est constamment citée est le 21 juin 1429, à 16h00.
Pour la première fois, elle est évoquée en 1923 par le Père Théotime de Saint-Just dans une note de son livre : « La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, d'après le cardinal Pie », mais où il ne donne aucune source documentaire pouvant corroborer ce quantième et ce mois.

Depuis, elle a été reprise pour argent comptant par de nombreux auteurs écrivant sur la Triple Donation ; et même le site internet Wikipédia, comme si c’était un fait historique acquis, énonce sans scrupule dès la troisième ligne de son article sur la commune de Saint-Benoît-sur-Loire : « Cette commune est connue pour avoir été le théâtre de la Triple donation de Jeanne d'Arc au Dauphin Charles en 1429 ». Vous remarquerez quand même que la date n’est pas reprise par le site en question.

Il semble bien que cet emballement autour de cette date soit dû à Louis-Hubert Remy et à ses deux livres : « La vraie Mission de Jeanne d’Arc – Jésus-Christ Roi de France » (2012), et surtout : « Dossier sur la Triple Donation – Le plus grand événement de l’Histoire de France » (2017), qui tous les deux ont relancé indiscutablement la curiosité et l’intérêt pour cette scène importante et méconnue de notre Histoire.

Quant au lieu, ici Saint-Benoît-sur-Loire, il est déduit par Louis-Hubert Remy (il l’avoue lui-même plusieurs fois dans ses ouvrages) de la date de Théotime de Saint-Just, prise comme postulat, puis en recherchant le parcours et la localisation présumés de Jeanne d’Arc en ce 21 juin… Car Théotime, homme honnête et sérieux, ne peux avoir inventé cela !


. Les doutes :
J’ai toujours « tiqué » sur cette date du 21 juin, principalement à cause du manque de source documentaire, mais aussi par le contexte psychologique de Charles VII dans ces jours-là. Malgré le retentissement des victoires sur la Loire, en particulier celle de Patay (18 juin), malgré la liesse de la population, malgré l’attente des Orléanais dans la venue de leur monarque pour lui faire montre de l’espérance retrouvée, Charles ne manifeste aucune joie, aucune reconnaissance, aucune empathie. Bien au contraire, jusqu’au 21 juin, il reste enfermé chez le plus mauvais de ses conseillers, La Trémouille, celui qui se complait à le confiner dans son inclination dépressive, bref à le désespérer pour conserver son poste, son influence et son pouvoir.
Ce 21 juin, Charles est fermé comme une huître… il ne peut rien entendre de ce qui vient du Ciel !

Puis, avec la découverte du livre du Lieutenant-Colonel F. de Richemont (Louis Auguste Ferdinand Lemercier des Maisoncelle Vertille de Richemont) : « Jeanne d’Arc d’après les documents contemporains » (1912, Paris, Librairie Saint-Paul), dont j’ai parlé dans un autre article intitulé : « La Triple Donation, le 21 juin 1429, et à Saint-Benoît sur Loire… difficile à croire ! », c’est sur le lieu même de Saint-Benoît sur Loire que j’ai « tiqué ». En effet, tous les historiens n’interprètent pas les mêmes documents d’époque de la même façon et quelques variantes (à 1 jour près) existent sur la localisation de Jeanne et de Charles les 21 et 22 juin 1429.
Mais aujourd’hui, le fait que Jeanne et Charles soient passés à Saint-Benoît sur Loire le 21 ou le 22 juin en se rendant à Châteauneuf-sur-Loire, n’a plus beaucoup d’importance comme vous allez le constater par la suite…

. « Lisez mon livre ! »
C’est à la suite de cet article et de la réponse de Louis-Hubert Remy, comme à ses multiples injonctions, que j’ai repris son livre, « Dossier sur la Triple Donation – Le plus grand événement de l’Histoire de France » (2017), que j’avais lu une première fois, mais sans doute trop en diagonale.

Oui, c’est bien vrai, je confirme « lire c’est relire », et j’ai relu ce livre complètement et mot à mot trois fois de suite, en prenant bien soin d’écrire des notes. Je crois que je le connais presque par cœur, au moins les passages les plus importants pour notre affaire de date.
Je ne peux que remercier Charles Barbanès pour son conseil, comme Louis-Hubert Remy pour son insistance.


2. Résumé synthétique du livre

C’est un excellent livre !

Avec ses 228 pages, il est constitué de cinq chapitres, précédés d’une introduction générale et terminés par une annexe écrite par Marie-Christine Remy. Ce sont les suivants :
. Introduction (pages 3 > 6),
. Chap. 1 : Léopold Delisle (pages 7 > 34),
. Chap. 2 : Le Révérend Père Ayroles (pages 35 > 46 / 47 > 60 / 61 > 76),
. Chap. 3 : L’Enseignement de Rome (pages 77 > 88),
. Chap. 4 : Le Révérend Père Dondaine (pages 89 > 106 / 107 > 184 / 185 > 188),
. Chap. 5 : La vraie mission de sainte Jehanne d’Arc – La Triple Donation (pages 189 > 218),
. Annexe : Les voix de Jehanne d’Arc (Pages 219 > 222).
Il est important de rappeler que cet ouvrage, comme son titre l’indique, est un DOSSIER, c’est-à-dire constitué d’un rassemblement de textes épars, écrits par des auteurs différents, et regroupés par Louis-Hubert Remy, l’auteur de ce dossier, dans le but de démontrer ou d’éclairer une thèse.

Tout est très captivant dans ce livre.
Le chapitre 1 et le chapitre 4 (spécialement ce dernier) nous apportent des informations nouvelles extrêmement importantes au sujet des sources documentaires de l’événement « Triple Donation », et en particulier de la date de ces sources.
Le chapitre 2 n’est qu’un rappel commenté du chapitre 1, suivi d’un écrit sur les conséquences pour la France de cet acte officiel.
Le chapitre 3 est le décret pontifical pour la cause de la béatification de Jeanne, où le rappel de la prééminence du Christ comme Roi de France et la lieutenance de Charles sont reconnues comme missions de Jeanne.
L’annexe est un texte fort intéressant, mais ne concernant pas la Triple Donation.
Quant à l’introduction et le chapitre 5, nous les évoquerons à la fin de cette étude.


Le Chapitre 1 : Sur le Brevarium Historiale
C’est le chapitre qui nous présente l’existence du manuscrit « Brevarium Historiale » ou « Abrégé de l’Histoire ».

Le texte d’origine
Il faut bien comprendre que, pour le moment, ce « Brevarium Historiale » est la seule source documentaire de l’existence de la Triple Donation. Ce document a été retrouvé par le comte Ugo Balzani et retransmis en France par Léopold Delisle. On y apprend qu’à l’origine cette compilation historique, qui n’a jamais été terminée, a été écrite sous le nom de « Brevarium Historiarum » pendant le règne de Charles IV le Bel entre 1322 et 1328, donc un siècle avant Jeanne d’Arc, par un chanoine de Chartres, Dom Landolphe de Colonna.

A ce stade, ce texte ne parle aucunement de la Triple Donation !

Le texte mis à jour
Un siècle plus tard, en 1428, il va être repris et réutilisé par un clerc, inconnu pour Ugo Balzani comme pour Léopold Delisle avec, pour ce dernier, par certains indices existant dans le texte, la quasi-certitude qu’il est Français et en poste à Rome auprès du Pape Martin V.
Quand on parle de reprise et de réutilisation, cela signifie que c’est un copier-coller avant l’heure, avec certaines modifications et mises à jour jusqu’en 1428. A la page 20, Léopold Delisle écrit : « C’est du Brevarium Historiarum que dérive en grande partie le Brevarium Historiale rédigé à Rome en 1428. »

A ce stade, ce texte ne parle toujours pas de la Triple Donation !

Le rajout sur la Geste de Jeanne d’Arc
C’est en l’année 1429, et plus exactement dans la première moitié de l’année que « le clerc français inconnu » encore à Rome, va faire une mise à jour dédiée uniquement aux événements incroyables qui se passent en France par l’arrivée et l’intervention de La Pucelle.

C’est à ce stade seulement, et par ce rajout, que le Brevarium Historiale PARLE de la Triple Donation !

Je dirais, cependant, qu’il en parle avec un bémol… car le sujet principal du rajout n’est pas la Triple Donation, mais bien la personne de Jeanne et la surnaturalité de ce qu’elle dit, de ce qu’elle fait et comment elle le fait.
Et puis, enfin, tout à la fin de son texte (c’est le dernier paragraphe), « le clerc inconnu » conclut par l’évocation de la Triple Donation en commençant par ce « Quid plura ? – Que dire de plus ? ».

Apparemment, ce qui suit immédiatement cette entrée en matière, le récit de la Triple Donation, ne semble pas avoir pour lui beaucoup plus d’importance que ce qu’il connait jusqu’à présent des réalisations de Jeanne… En quelque sorte, il finit le rajout sur la Pucelle par : « Ah, j’allais oublier… »
Commence alors le récit : « Un jour… », sans plus de précision.
Ça, c’est l’apparence !

Mais n’oublions pas que ce rajout est écrit dans l’esprit d’une « Histoire Brève », donc courte et concise, n’informant que du strict nécessaire. Alors sous cet éclairage, on comprend mieux ce « Que dire de plus ? » : c’est au contraire la réflexion mentale du « clerc inconnu » du choix qu’il va faire sur ce qui pour lui est le plus représentatif de la surnaturalité de Jeanne, parmi d’autres choses qu’il connait d’elle.
En fait, il termine son œuvre par le passage qui, prophétiquement, est le plus important pour son pays.


Le Chapitre 4 : Sur l’apport capital du Révérend Père Antoine Dondaine
Jusque-là, Léopold Delisle et nous-mêmes ne savons rien de l’identité du « clerc inconnu » ni de la date de son rajout dans son Brevarium Historiale, sinon que c’est entre le 1er janvier et le 30 juin 1429.
(Cf. page 18, la citation de Léopold Delisle « Ainsi la composition du Brevarium Historiale [dans sa totalité, c’est nous qui précisons] est au plus tard du milieu de l’année 1429 […] »

Le Révérend Père Dondaine va alors nous révéler, et le nom du « clerc inconnu », et quand il a écrit ce rajout au Brevarium Historiale.
Le chapitre 4 est la partie la plus cruciale du livre de Louis-Hubert Remy !

. Antoine Dondaine, qui est-ce ?
Le Révérend Père Dondaine n’est pas n’importe qui. C’est un médiéviste, c’est un savant, une « pointure » de l’Histoire du Moyen-Age et surtout un spécialiste des documents et manuscrits d’époque. Il a été formé à la fois scientifiquement et théologiquement, et il connait parfaitement la méthode historico-critique.

On peut lui faire confiance parce qu’il donne ses sources :
(Cf. page 92 : […] l’histoire ecclésiastique doit se construire à l’aide d’une méthode critique et d’un accès direct AUX SOURCES dont il importe de mesurer tant l’authenticité que la crédulité).
(Cf. page 99 : […] pour Antoine Dondaine, l’avancée de la connaissance ne peut s’effectuer en dehors d’un recours privilégié et scientifique aux textes médiévaux […] il s’irrite de devoir montrer sans cesse « aux bonzes de la science médiévale qu’il faut lire les textes pour en parler. »).

. Que nous apprend-il ?
Alors que nous découvre Antoine Dondaine ?
C’est dans l’Archivum Fratrum Proedicorum volume XII (1942) que tout s’éclaire.

Il nous révèle, dans l’ordre, que :
1. Le clerc inconnu est Jean Dupuy, Inquisiteur à Toulouse depuis 1411, et évêque de Cahors en 1431.

2. Il est l’auteur de l’ouvrage De Potestate sur les pouvoirs du Pape et ceux du Concile (il y a déjà les partisans du Pape et ceux du Concile qui s’opposent).

3. Il est l’auteur du Collectarium Historiarum, écrit à partir du Brevarium Historiarum de Landolphe Colonna déjà cité plus haut.
(Cf. page 143 – Antoine Dondaine écrit : Les recherches historiques entreprises par Jean Dupuy en vue de son traité De Potestate (1432) lui avait appris à ses dépens combien était fastidieuse la lecture des grandes compilations des siècles précédents. […] Ne pouvait-on pas résumer et simplifier, rendre maniable ces chroniques ? […] Jean se proposa un travail plus modeste, un compendium ou résumé de l’histoire générale. […] Jean Dupuy résolut de reprendre le travail – de Landolphe de Colonna – selon sa méthode et de le mener à bonne fin : le Collectarium Historiarum est le fruit de cet effort).

4. Il écrit donc ce Collectarium Historiarum et le termine en fin d’année 1428. Ce document prend le nom de Brevarium Historiale au moment où il est édité à Poitiers en 1479.

5. Il fait une dernière mise à jour qui achève la chronique le 22 avril 1429 et peu après écrit à Rome la partie additionnelle sur Jeanne d’Arc (voir page 168).

6. ATTENTION, à partir de maintenant dans ce chapitre 4, Antoine Dondaine nous donne la substantifique moëlle de ce que nous recherchons dans notre forum :
. Page 168 et 169 – Antoine Dondaine donne des précisions primordiales :
[…] le contenu du fragment sur Jeanne exige une date de composition aussi rapprochée que possible des événements d’Orléans. Il ignore en effet les succès rapides qui allaient bientôt confirmer la délivrance de la ville : Jargeau, où Suffolk fut fait prisonnier (12 juin), Beaugency (17 juin), Patay (18 juin) ; les Anglais se retirèrent précipitamment vers Paris, laissant Talbot aux mains des vainqueurs. Il n’est pas fait non plus allusion à la marche sur Reims et au sacre du roi Charles VII (17 juillet).
Enthousiasmé par le miracle d’Orléans, Jean Dupuy n’aurait pu se taire si ces événements avaient déjà été connus à Rome, ils étaient une confirmation trop éclatante de la mission divine de Jeanne, hardiment soutenue par lui.
Il faut donc dater le chapitre additionnel de la fin du mois de mai 1429 ou des premières semaines de juin. DANS CES CONDITIONS la question d’authenticité ne peut faire de difficulté.

Vous avez bien lu ?
Eh bien, je vous demande de relire encore… et une 3ème fois si nécessaire !

Ceci fait, à présent nous devons quitter un instant Antoine Dondaine, pour demander son aide à notre ami Joseph Rouletabille qui, pour résoudre énigmes et mystères, nous enseigne de « prendre le problème par le bon bout de la raison ».

Quel est le « bon bout de la raison » dans la quête qui nous occupe (la date de la Triple Donation) ?
Il est le suivant :
Tout événement rapporté par écrit
est évidemment antérieur à cet écrit !

Sinon, c’est du prophétisme, de la prédiction, ou encore de la divination.
Revenons à Antoine Dondaine.
Il faut donc bien en convenir :
Si le rajout sur le Brevarium Historiale a été écrit tout de suite après le miracle d’Orléans, et compte-tenu du temps du voyage à Rome pour porter urgemment la nouvelle, soit 10 à 15 jours (*), Jean Dupuy a dû la recevoir au plus tôt entre le 18 et le 23 mai… et il a aussitôt rédigé sa note.
C’est bien vers la fin mai ou dans les deux premières semaines de juin, que Jean Dupuy parle de la Triple Donation qui, forcément, a eu lieu AVANT !

(*) Comme quoi les nouvelles allaient vite à cette époque !
A la page 171 du livre, il est précisé : « […] entre le 10 et le 15 mai, la date est incertaine, Pancrazio Giustiniani écrivait de Bruges à son père Messer Marco à Venise, pour lui annoncer les événements. »

C’est donc maintenant très clair et indiscutable, et confirmé dans ce livre par le Père Dondaine :
La Triple Donation le 21 juin 1429… EST IMPOSSIBLE !
CQFD.

Vous comprenez maintenant que :

1. Théotime de Saint-Just a donné une date non sourcée qui se révèle fausse, mais qui, hélas, a été diffusée à tout va… Il va donc falloir corriger !

2. Louis Hubert Remy ne peut qu’abandonner sa thèse du 21 juin à Saint-Benoît sur Loire, qu’il défend d’abord dès l’introduction de son livre :
(Cf. Introduction page 6 – Les travaux fouillés, irréfutables, de RP Dondaine qui prouve que l’auteur du texte de la Triple Donation (*) fut Mgr Jean Dupuy, O.P. évêque de Cahors et qui en plus donne une date précise de cet écrit (*) « fin du mois de mai 1429 ou des premières semaines de juin. Dans ces conditions la question d’authenticité ne peut faire de difficulté ».
Quand le RP Théotime de Saint-Just précise que ce fut le 21 juin à 16h00, il avait en main un document que nous n’avons pas redécouvert. Le texte du RP Dondaine confirme à quelques jours près cette date »)

(*) Note de Chouandecoeur :
LHR aurait dû écrire « que l’auteur du texte AU SUJET DE la Triple Donation », et non « que l’auteur du texte DE la Triple Donation » … en fait l’auteur du Brevarium Historiale.
Même chose, plus loin dans la même phrase.
Dans la phrase suivante il est évident que Théotime de Saint-Just et Antoine Dondaine ne parlent pas du même événement : l’un parle de l’événement « Triple Donation », l’autre parle de l’événement « écrit du rajout au Brevarium Historiale » !

Ensuite, il répète sa thèse plusieurs fois dans son chapitre 5, aux pages 191, 194, 195 et 196.
Mais à la page 195, il fait une singulière erreur, difficilement compréhensible :
« L’événement historique qui va être relaté [la Triple Donation], nous est assuré par le témoignage qui est cité dans le Brevarium Historiale, texte rédigé peu après, au cours de l’été 1429, pour le pape Martin V (qui, lui, ne doutait pas de la légitimité du dauphin Charles). »

Alors que la moitié de son livre (100 pages sur 228) est consacré au Père Dondaine qui nous explique avec force et érudition, et nous prouve, que ce texte a été rédigé fin mai 1429 ou avant le 15 juin au plus tard…, donc avant le 21 juin et donc avant l’été 1429 !

3. La recherche de la preuve de la présence de Jeanne et de Charles à Saint-Benoît sur Loire le 21 ou du 22 juin n’a donc plus aucun intérêt dans notre recherche.

. Avant Orléans !
Mais, c’est aux pages 177 et 178 où la réflexion du Père Dondaine atteint son summum de pertinence :
Antoine Dondaine pense logiquement que la Triple Donation a eu lieu AVANT la victoire d’Orléans.
« […] Faut-il croire pour autant avec H. Debout que la scène (de la Triple Donation) n’eût lieu qu’après la délivrance d’Orléans ? Nous ne le pensons pas.
L’intention de Jeanne était déjà clairement manifestée dans sa requête du 11 mars, il n’y a aucune raison de penser qu’elle aurait attendu pour renouveler sa demande jusqu’après la réalisation du signe promis comme gage de sa mission, elle exigeait un plus bel acte de foi de la part du roi avant le triomphe d’Orléans. »

L’explication qu’il fournit de l’intention de Jeanne donne un éclairage non seulement surnaturel mais aussi mystique à l’acte qui se produit.

Comme je l’ai développé il y a quelque temps en réponse à la question de Maryvonne sur le forum, la Triple Donation ne peut s’être produite QU’AVANT et non APRES le sacre de Reims. Je lui donnais alors comme raison :
« [comme saint Martin a donné la moitié de son manteau, moitié qui lui appartenait en propre], Jeanne fait demande à Charles de la part du royaume qui lui appartient en propre par sa naissance, c’est-à-dire son royaume « de jure », sa part d’héritage du Royaume de France, bref ce qu’il peut légitimement donner en propre. Après cette première donation, il a TOUT donné ; officiellement il est totalement dépouillé et ne possède plus rien juridiquement… C’est bien le plus pauvre chevalier du Royaume !

Avec Antoine Dondaine, on a une précision supplémentaire et le commentaire qu’il en fait : la Triple Donation ne peut s’être produite QU’AVANT la victoire d’Orléans.
L’union des deux explications éclaire l’intention de Dieu et ce qu’Il attend du Dauphin : Charles doit se dépouiller de tout ce qui est encore humain avant toute intervention divine sur ses ennemis, pour que celle-ci soit perçue par les Grands et le peuple comme uniquement divine. C’est ce que reconnaitra Jean Dupuy dans son rajout au Brevarium Historiale.
Alors, seulement après cette Donation, Dieu agira Lui-même et « le Roi du Ciel fera pour lui ce qu’Il avait fait pour ses prédécesseurs et le rétablira dans l’état d’autrefois. (Jeanne) »
Charles a fait acte d’obéissance… la victoire d’Orléans en est l’acquiescement divin !


3. Quand et où - Prospective

Pour terminer cette petite étude, faisons un peu de prospective :
Si la Triple Donation, comme le suppose Antoine Dondaine, a eu lieu avant Orléans, quelle pourrait en être la date la plus probable, peut-être parce que la plus digne de sens, et signe pour nous tous ?

Je n’en vois qu’une seule : Le Vendredi 25 mars 1429 !
C’est à la fois la fête de l’Annonciation et le Vendredi Saint de la Rédemption, donc le jour du Jubilé du Puy-en-Velay, ville où sont présents ce jour-là Isabelle Romée, mère de Jeanne, à la place de sa fille, Jean de Metz et Bertrand de Poulangy, Jubilé appelé encore « Grand Pardon ».
Cette date du 25 mars 1429 pour la Triple Donation ne serait-elle pas un signe pour « annoncer » à la France son « grand pardon » et sa résurrection dans la légitimité de son roi… en Nom Dieu ?
Où étaient Jeanne et Charles ce jour-là ?
C’est une piste pour notre recherche !

N’oublions pas non plus, encore une fois, le contexte psychologique de Charles en cette fin mars 1429. Il a alors le moral au beau fixe. Quinze jours avant, Jeanne lui a révélé son secret et tous les courtisans et témoins ont vu, sortant de la petite pièce où ils s’étaient isolés, le visage du dauphin radieux comme jamais… C’est encore tout frais, et pour Charles, Jeanne et Dieu, c’est vraiment le moment !

Pour conclure, j’ai une pensée affectueuse pour Charles Barbanès qui m’a beaucoup encouragé à « lire et à écrire » ; je remercie vivement Louis-Hubert Remy pour son livre qui nous a fait avancer à pas de géant dans nos recherches.

Et puis, je finis par une citation de Joseph Rouletabille, la phrase clé, le sésame qui lui ouvre la porte de la mystérieuse Chambre Jaune et de la solution : « Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat ».

La voici en gage de consolation :
« Le Monastère (de Saint-Benoît) n’a rien perdu de son charme ni le jardin (du cloître) de son éclat »
même si la Triple Donation n’a pas eu lieu … en ce lieu.

Et la voilà en gage d’espérance :
« Le Ministère (du Roi) n’a rien perdu de son charme ni le jardin (de France) de son éclat. »

Chouandecoeur
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